David Leduc (Le Grand Slack) au Parc Jean-Narrache

RÉSUMÉ DU PROJET

David Leduc s’imprègnera de l’ambiance de ce petit parc du Centre-Sud et des gens qui le fréquentent pour rendre bien vivante l’oralité présente chez l’auteur de J’parl’ pour parler. Parmi les points communs entre les deux poètes : le désir de dire en joual les injustices sociales, l’humour et l’autodérision, ainsi que l’utilisation d’un pseudonyme. Jean-Narrache est en effet le nom de plume d’Émile Coderre, alors que David Leduc se présente sur scène comme Le Grand Slack.

Le projet de David Leduc, alias Le Grand Slack, au Parc Jean-Narrache a été présenté sur place le 7 octobre 2021, avec la participation d’Annie Girard, Antoine Leclerc et José Acquelin. L’évènement était suivi d’un micro ouvert.

[photos : Jonathan Lamy]


UN TEXTE DE JEAN NARRACHE

J’rest’ vagabond

Dans mon jeun’ temps, j’rêvais d’êtr’ riche;
Ça fait longtemps qu’ j’en suis r’venu.
J’ai pas un sou, ça fait qu’ j’me fiche
de M’sieur l’Inspecteur du R’venu.

Non, j’me fais pas d’cravass’s ! j’sais que
quand mêm’ j’travaill’rais à tord-cou,
j’tir’rai toujours l’yâbl’ par la queue
et j’me trouv’rai toujours dans l’trou.

Tout’ c’que j’aurais, c’est des ulcères,
des camp’s puis d’z’indigestions.
J’irais finir au dispensaire
comm’ beau sujet d’vivisection.

Là, j’prendrais les nouveaux remèdes
qu’les fabricants font essayer
sur les pauvr’s geux qu’ont besoin d’aide;
s’ils crèv’nt, tant pis, y’ont pas payé !

Travailler, c’est tout c’que ça donne.
Plus on s’éreinte et moins on dort;
plus on s’démèn’ puis s’époumone,
plus vite on s’en va chez l’croqu’-mort.

J’laisse aux autr’s leurs rêv’s de richesse;
j’prends dans la vie tout c’qu’elle a d’bon.
Que ceux qui veul’nt se fass’nt d’la graisse,
j’suis ben comm’ j’suis, j’rest’ vagabond !


UN TEXTE DE DAVID LEDUC

Je rentre les rames à bord de ma barque, je me laisse 
Dériver vers la tempête
En apparté dans mon appart
Je pars su’l party dans ma tête

Est-ce que j’suis en train de dev’nir fou?
Je ne sors plus de chez moi par peur
Je connais mon trois et demi par cœur
Je m’auto-sabote avec ardeur
Et ch’pas capable de m’réparer moi-même
J’ai essayé d’prier 
Jésus, Bouddha ou Mohamed
J’ai essayé de méditer
J’me suis réveillé d’une ruelle
J’ai essayé de lire des livres 
De développement personnel
Mais y’a toujours l’esti d’doute qui s’infiltre
Tel un perce-oreille
Non seulement je m’enterre vivant
Mais je fabrique ma propre pelle

Est-ce que j’suis en train de dev’nir fou?
Une chance qu’il y a l’alcool
La porno et la drogue
Dans mon propre huis-clos je m’isole
Netflix, YouTube et Pornhub
Overdose de temps d’écran
Quatre saisons en rafale comme autant d’Ativan
Ma colonne vertébrale prend la forme du divan
Je me transforme en mort-vivant
J’ai besoin d’aide c’est évident
Pour les blessures de l’âme
Y’a pas de pansement

Est-ce que j’suis en train de devenir fou?
C’tu moi ou l’avenir est dev’nu flou?
Est-ce que j’suis en train de devenir fou?
Je sais pu comment me tenir debout
J’pense que j’ai trop encaisser d’coups
J’arrive pu à voir au fond du trou
J’efface tous mes statuts Facebook
J’pense que j’suis en train de devenir fou
Les perspectives s’assombrissent
Mission dépression… accomplie
Une boulet de honte dans la gorge
Et plus aucun ongle à ronger
Devenu à demi aveugle
Je ne vois plus la joie ni les couleurs
Désormais de ceux qui se parlent tout seul
Qui se sont endurcis à force de manquer d’douceur

Est-ce que j’ai besoin de me reposer?
Est-ce que j’ai besoin de médicaments?
Je grince des dents comme un enfant trop stressé
Chu-tu en détresse ou chu juste déprimant?
Des mécanismes de défense
Enracinés dans mes synapses
De petits traumatismes d’enfance
Déclenchant mes relapses
J’aime écrire des rimes déprimantes
Je sais pas pourquoi, ça sort tout seul
Tout c’qui surgit d’mon imprimante
Donne envie de s’gunner dans yeule

J’ai une araignée au plafond
Et quelques fantômes dans l’grenier
Attiré par les bas-fond
Par l’envie d’cesser de respirer
Les yeux rivés vers le ciel
À la recherche de signes à déchiffrer
C’comme si j’appelais 
1-866-Appelle et qu’la ligne était occupée
J’pense que j’suis en train de dev’nir fou
C’est tu moi ou l’avenir est dev’nu flou?

J’pense que j’suis en train de dev’nir fou
J’arrive pu à voir au fond du trou
J’pense que j’ai quelques caries
Y faut que j’aille voir un dentiste
J’pense que j’suis un p’tit peu crazy
Faut que j’aille voir un spécialiste
Faque j’me suis inscrit sur la liste
Pour aller parler à un psy
De mes angoisses de pandémie
J’ai rendez-vous dans un an et demi
Je lève mon verre à la santé
De notre système public
À la santé de nos dents et de nos esprits
Hashtag 
Assurance-maladie.


À PROPOS DE L’ARTISTE

David Leduc, alias Le Grand Slack, est actif sur la scène slam québécoise depuis 2008. Il a donné des prestations et des spectacles à travers le Québec et animé des ateliers de slam dans les maisons des jeunes, les écoles secondaire, les cégeps et les universités. Il a organisé et animé les soirées micro ouvert Figures de Style et a participé pendant trois saisons au combat de mots de Plus on est de fous, plus on lit! sur les ondes de Radio-Canada. Il a fait partie à trois reprises de l’équipe montréalaise lors de la finale nationale de slam et travaille actuellement sur son premier EP de spoken word en compagnie de DJ Horg. [crédit photo: Nicola Lambert-Henry]


Cette micro-résidence de création s’inscrit dans la série d’activités Dehors est un poème, organisées par La poésie partout. L’édition 2021 bénéficie du soutien du Conseil des arts du Canada et du Conseil des arts et des lettres du Québec.